Mercredi prochain sort en salle le film "Neuilly sa mére", qui pourrait bien être un des cartons du mois d'Aout. C’est une comédie, basée sur l’histoire d’un jeune des
cités de Chalon-sur-Saône qui monte à Paris et se retrouve dans la très
sarkozyste et chic Neuilly-sur-Seine, parsemée
d’apparitions prestigieuses (Eric et Ramzy, Josiane Balasko, Elie
Semoun, Armelle, François-Xavier Demaison, Valerie Lemercier, Olivier Baroux, Michel Galabru, Julien Courbey…) et de premiers reconnus comme Rachida Brakni ou Denis Podalydes ou le jeune Samy Sehir. L'œuvre est produite par le producteur à succés Djamel Bensalah et réalisée par Gabriel Julien-Lafferière. Si le premier est une personnalité médiatique, le second n'a quasiment jamais été interviewé. J'ai donc pris mon stylo et mon papier et suis allé boire un verre avec Gabriel Julien-Lafferrière lors d'un passage à Lyon pour voir sa famille afin de discuter du film.
Romain Blachier : Alors qui est-tu Gabriel ?
Gabriel Julien-Laferrière : J’ai d’abord été assistant réalisateur de Léos Carax, Claire Denis, Chantal Akerman, Elia Suleiman entre autres, en fait j’ai été 20 ans 1er assistant plutôt dans le cinéma d’auteur.
J’ai ensuite été Réalisateur 2ème équipe, le gars qui fait les scènes chronophages pour le réalisateur principal, en l’occurrence pour Djamel Bensalah sur Big City.
Puis j’ai coréalisé avec Eric et Ramzy, leur film Seuls Two .
Enfin, pour « Neuilly sa mère » je suis le réalisateur, en lien avec
mon producteur, qui est à l’origine de l’histoire, Djamel Bensalah ( Le ciel, les oiseaux et ta mère, le raid, il était une fois dans l’oued, Big City). C’est d’abord un projet de producteur, c’est Djamel le vrai maître d’œuvre du film.
Côté perso, si mes parents et 2 de mes frêres résident aujourd'hui à Lyon (note de moi: dont mon pote Hubert Julien-Laferrière, son petit frére, conseiller municipal PS et vice-président au Grand Lyon), je vis à Marseille avec
ma famille, je suis marié et j’ai 2 enfants, après une enfance en
banlieue parisienne, et une vie d’adulte à Paris jusqu’en 1999.
RB : Le début du film se passe à Chalon-sur-Saône, pourquoi donc, un rapport avec Rachida Dati ? De même la filiation avec la vie est un long fleuve tranquille est-elle revendiquée ?
GJL : Oui clairement, Rachida Dati est montée à Paris depuis cette ville vers les sphères du pouvoir. C’est un clin d’œil. Pour la vie est un long fleuve tranquille, il y a en effet un parallèle. Ce qui est fou c’est que par exemple, moi qui suis issu d’une banlieue aisée, je n’ai rencontré que par les hasards du cinéma quelqu’un comme Djamel Bensalah, qui vient d’un milieu social très différent de moi. Les gens ne se mélangeaient pas tellement à l’époque de la vie est un long fleuve tranquille, ils se mélangent encore moins ces jours-ci.
RB : Ce qui est intéressant, c’est le rapport un peu pop culture que le film donne à la politique, à Sarkozy en particulier…un peu comme le Chirac des guignols de 95 est devenu un truc pop avec les pommes…
GJL : Tiens c'est la première fois qu'on me dit ça. Mais tu as sûrement raison. La chambre du gosse sarkozyste par exemple…Comme tous les films imaginés par Djamel Bensalah, c'est une comédie populaire avec un vrai fond. Le "méchant" du film, le petit des beaux quartiers se prend pour Sarkozy, ça révèle quelques côtés un peu ridicules du personnage. Après on n’est pas dans un film militant ni antisarkozyste. Le film est drôle avant tout et plaira à un large public. Lors des avant-premiéres, les gens riaient, quel que soit leur milieu d’origine, pas toujours au même moment mais riaient tous. C’est un film qui parle de choses réelles, qui dit des choses sur notre monde, mais ce n’est pas un film militant.
RB: Ce n'est pas le but, c’est sûr ! On est dans une comédie à vocation grand public.
GJL: Tout à fait. D'ailleurs je regrette un truc, c'est que dans la chambre du gosse pro-sarko, on a mis des posters de Sarko, dont cette bizarre photo noir et blanc qu'il a faite, on a créé un fond d'écran UMP sur l'ordinateur, on a mis des photos de leaders de droite mondiaux comme Bush ou Berlusconi mais que j'ai pas fait attention au fait que la déco avait mis une photo de Haider (l'ex-leader de l'extrême-droite autrichienne). Là c'est trop.
RB:Il y a une similitude dans les styles, Haider avait ce côté "je suis un winner votez pour moi". Et puis y'a l'idée d'une fusion des droites...mais c'est vrai que c'est du même tonneau que mettre un portrait de Mao ou Staline dans un film où il y aurait une chambre d'étudiant socialiste.
GJL: Voilà. Il faut éviter l'excès. Même si c'est une comédie avec du fond derrière, ça reste un film populaire, qui n'a pas vocation à être par trop stigmatisante. On s'adresse à tous.
RB:Quelle a été la principale difficulté sur le plateau ?
GJL: D’abord le temps de tournage, 35 jours, très court pour ce projet.
Ensuite les scènes avec les ados en groupe, difficile d’avoir 30 ados concentrés au même moment…
Enfin, le partage du pouvoir.
On était deux à faire le plateau, Djamel et moi. On s'entend bien, on
est amis depuis 12 ans, j'ai énormément d'admiration pour ce mec, mais
deux sur un plateau, même quand on est ami, même quand on a du respect,
y'a des discussions, des désaccords. Mais ça s'est bien passé dans l’ensemble.
Par exemple il avait une inquiétude sur une scène où les filles de la
cité passent devant le personnage principal en lui souriant. On était
dans une cité et il ne voulait pas mettre des personnes voilées, ne
voulait pas qu'on lui reproche, à lui musulman pratiquant, un
militantisme pro-voile qu'il n'a pas. J’ai argumenté qu'il n'y avait
pas de problème, que c'est une réalité et qu'il n'y avait pas lieu de
se censurer. En même temps là-dessus, c'est plus facile pour moi, avec mon nom personne ne m’accusera de prosélytisme sur ce sujet, que pour lui.
RB: Parlons sous. 3 millions et demi d'euro, c'est un petit budget par rapport, disons au précédent film sur lequel tu as travaillé avec Djamel Bensalah, Big City, qui était cinq fois plus doté. Pourtant la distribution est impressionnante.
GJL: Oui, il y a beaucoup de « guest stars », comme on dit. Djamel est débrouillard, très tenace, et très convaincant. Nombre d’entre eux ont participé bénévolement au film, séduits par le scénario, et par amitié pour Djamel. Et on a dû faire des compromis. Par exemple on n’a pas tourné à Chalon alors que c'était prévu au début
RB: dommage, j'ai passé mon bac là-bas, je me suis retrouvé par hasard dans cette ville et j'ai un peu connu les cités du coin avec les quelques potes du lycée. D'ailleurs c'est très ghettoisé.
GJL: Oui on a tourné en banlieue parisienne. De même à Neuilly on a du faire gaffe à cause des coûts...
RB: combien d'entrées pour que le film soit rentable ? tiens d'ailleurs c'est comment actuellement, l'économie du cinéma ?
GJL: je suis pas très au fait des aspects économiques. Je crois que c'est 500 000 ou 600 000...le film a ausi été coproduit par France Télévisions.
Il y a d'ailleurs une réalité dans le cinéma, c'est que les petits métiers, et la « classe moyenne »,
sont moins bien payés qu'avant, et les importants ,mieux. En ce sens le
cinéma est loin d'être un monde différent, encore moins un
contrepouvoir, mais c'est le reflet d'une réalité sociale .
Aujourd'hui, tu prends parfois jusqu’à 50% à 60% du budget d'un film dans le « dessus de ligne » (Scénario, Metteur en Scène, Acteurs principaux, Producteurs et… Frais bancaires !) Et on rogne pendant ce temps là sur les revenus des petits métiers, on paye pas les heures sups etc...
RB question création on en est où ? j'ai l'impression d'un cinéma français, qui mis à part des comédies familiales, fait beaucoup de films type "les histoires d'amour d'éditeurs parisiens à écharpe cachemire et café de Flore".
GJL: oui il y a ce cinéma. Il est soutenu, aidé, il a un certain public, certes restreint mais il est aidé et reconnu. C'est vrai qu'il y a ces films où les gens se donnent des rendez-vous en pleine après-midi de semaine, couchent ensemble dans des palaces, ne travaillent pas vraiment, prennent l'avion pour se retrouver. Il n'y a ni contraintes d'argent ni d'agenda...un peu coupé du monde.
RB: un cinéma très apolitique, un peu lisse
GJL: oui et en même temps il existe. Il y a aussi à l'autre extrême ce que j’appellerais la révolution Besson, qui a relancé le film populaire français, qui a fait revenir un autre public vers les films hexagonaux.
RB: D'ailleurs dans "Le ciel, les oiseaux et ta mère", le premier film de ton producteur, les jeunes des quartiers ne veulent pas aller voir des films français car ils pensent que ça va être chiant.
GJL: voilà. Besson a changé ça.
RB: En même temps entre les comédies et les films de microcosme, on arrive pas par exemple à faire des films de genre façon films sociaux anglais ou belge
GJL C'est devenu un genre en soit. La comédie sociale belge ou anglaise...oui il y a ce manque. Culturel? Je sais pas. Mais il y a aussi une grande variété de films et de styles dans le cinéma français, en ne prenant que les césars 2009, tu trouves des films aussi différents que « Mesrine », « Seraphine », « Le premier jour du reste de ta vie », « Conte de Noël »,« Il y a longtemps que je t’aime », « Faubourg 36 », « Coluche », « Stella », « Sagan », « Entre les murs », « La fille de Monaco », « La belle personne », qui ne sont ni des films de baston bessoniens, ni des comédies consensuelles ou identitaires, ni des errances à St Germain des Prés…
RB: vas-tu continuer dans la réalisation ?
GJL: Oui, bien sûr. Si « Neuilly sa mère » marche bien, j'imagine que mon téléphone va chauffer...Sinon, ce sera plus laborieux...
RB:Merci Gabriel.
Ps:en bonus vidéo les 5 premières minutes du film ci-desssous.



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